mercredi 30 janvier 2008

De Sarajevo suite et fin

020108 Depart auto stop á la station essence la plus proche, une cellule familiale motorisée se rend á l'hopital de Mostar á cause de la gorge de l'enfant.
A la station bus comme train, les anglophones se font rares. Hier soir, á Dobrodošli, un type met la main sur une guitare integralement repeinte les cordes avec en vert de gris metallisé, elle a été oublié par un italien l'été dernier. Dans la piece d'a coté - entendons un perimetre delimité par des draps et des couvertures suspendues - des films defilent :
»Balkankan« sombre drame comique oú un mec et sa femme cherche á enterrer sa mere qu'il conserve dans un bac á glace, avant de la rouler dans un tapis qu'il accroche aux rampes du toit de sa voiture rouge.
Il la perd en route.
Ensuite il y a beaucoup de sang des coups de feu, des scenes de torture au poinçon et les femmes et les enfants ne sont pas du tout epargnés.
Oui c'est decousu parce que je voulais jouer la guitare durant la plupart du film.
»Night in the museum« film americain pour enfants á qui on veut inculquer des valeurs d'americains moyens comme la necessité d'obtenir un travail stable qui conditionne la fierté que doit eprouver un fils envers son pere, assister au match de hockey sur glace auquels participe le gnard ingrat ne suffit pas. Manicheisme primaire des bons qui veulent travailler et gagner de l'argent honnete contre les mechants qui volent et sont faineants, d'ailleurs le seul noir du film est inclus par le scenario dans la deuxieme categorie. L'amour asexué, les indiens autochtones qui s'entendent bien avec les colons parce qu'ils ne les ont pas du tout massacré en les spoliant de leur territoire pour finalement les inviter fortement á rejoindre quelques zones á casinos en compagnie d'eau-de-feu consolatrice.
16h25 Arrivée matinale á Sarajevo la grise hivernale recouverte d'une patinoire de neige noiratre (rancune parce que ai glissé dedans á quelques reprises, c'est froid et humide et sale et le sol est dur). A la poste, il y a des employées désagreables qui ont l'air de reprocher de ne pas parler bosnio-serbo-croate. Curieux, d'anciens distributeurs de confiserie sont reconvertis en presentoir de carte postales, pliées et tordues dans les spirales metalliques de l'appareil. Quelques heures á tourner en vain á la recherche d'une carte de la ville mais tout est fermé. Les immeubles ont mieux cicatrisé qu'á Mostar mais ça sent encore les eclats de bidules explosifs et les impacts de machins perforants. La nuit tombe et pas encore d'hotel choisi. Autour de ma table du Sity Pub, il y a une bande de filles intimidantes que l'on regarde parfois dans les yeux parfois pas. Attend un type qui s'appelle Ibro (version yougoslave du prenom Ibrahim). Ce que je sais de lui au telephone, c'est qu'il a une veste bleue. Alors tout les gens en veste bleue qui entre au Sity Pub dans les twenty minutes qui suivent ont vu quelqu'un mal rasé á la veste noire, au sac á dos orange s'approcher d'eux l'air intrigué avec cette question interessante mais verrouillée : »Are you Ibro ?«.
Il conduit sans l'avouer tout de suite, peut etre á cause de son anglais et de mon bosniaque, dans une guest house quite expensive oú il travaille. Tout á l'heure, en sortant de l'hotel, reconnais une enseigne aperçue durant ma recherche febrile de logement sur Internet. A l'interieur, un jeune type affable et une vieille et, miracle, sur le comptoir un plan complet de la ville. Echange d'infos rudimentaires, puis le type : »If you want girls, go in this direction, ten of them will jump on you.« Comme c'est probablement une allusion á la chair humaine commercialisée dans les rues sombres, que l'éthique la plus elementaire ne tolere pas que l'on puisse dominer et chosifier quelqu'un d'inconnu avec des morceaux de papier, je bafouille un court borborigme incomprehensible qui n'est pas exactement une hasardeuse anglophone manipulation de concepts. La reputation de la mafia locale dans ce domaine n'est apparement plus á faire, de mon ex-partageur de chambré slovene qui dit qu'aller á Sarajevo est une bonne idée car it's cheap you can get a lot of girls there.
A ce propos un film recommandable qui alimentait un debat sur la prostitution lors du festival Ciné droit libre »le papier ne peut pas envelopper la braise« du cineaste cambodgien Rithy Panh. Qui fait que les 2 individus aux cheap girls sont classés dans la categorie connards-connards.
Il y a la boutique de celui qui ne vends que des DVD/CD piratés, il affiche des photos de lui sur une moto aux USA, ou á Sarajevo en compagnie d'un Michael Moore imberbe et souriant. Son enseigne est une fleche peinte sur une authentique guitare bleue humide posée contre le mur au coin de la rue.
03/01 Au cafe Gong oú l'ambiance est cordiale, mal dormi se leve direct au resto d'en face qui est frequenté par beaucoup d'hommes dont des policiers en uniforme. Delicieuse soupe au champignon avec du pain etonnant. Visite errante de boutique d'antiquité oú on peut acquerir de vieux cahiers de philateliste avec meme des timbre de Mauritanie, une figurine de negresses en bois noir sur un socle en forme de coeur scindé en deux partie complementaires, si on les assemble, les plantureuses sont cul á cul genereusement pourvu, des accordeons aux visceres rouillés, des guitares estropiées dont une fabriquée á Zagreb porte une inscription apparente sur la caisse : HAITI. Une grande variété d'insignes Schutz Staffel et nazis en tout genre, des photos de Tito, une porte-manteau mural dont les crochets sont des pattes de biches deshydratées. Dans une librairie bien remplie, des rayons speciaux siege de Sarajevo, des BD des cartes et des guides touristiques exhibiteur de photos sanguinolantes, indiquant comment survivre et comment mourir facilement de 1992 á 1996. Une carte presente la disposition des troupes de l'armée, et des descriptions de divers lieux symboliques lors du siege : principal boulevard baptisé informellement sniper alley , bibliotheque nationale cible de choix brulée avec ses milliers de textes inestimables, des anecdotes diverses qui ne donne pas de sens sur le pourquoi du comment, plus facile de montrer des serbes contre des bosniaques avec des croates quelque part entre les deux, que de tenter de penser des liens et des superpositions d'identités politiques, culturel et ethniques qui rendent le discours sur la situation foutrement delicate á manipuler correctement.
050108 Dejeuner en compagnie de trois sympathiques japonais, l'un deux se cure les oreilles avec un etrange dispositif en metal. Parlotte sur le programme : visite du musée du tunnel: au nez et á la barbe des cinglés et des manipulés par les alchimistes de l'identité au pouvoir, les gens de Sarajevo ont creusé un tunnel au debut du siege de la ville. 800x1x1,60m, en 4 mois, soit une progression de 6,6 m par jour, pas mal sachant que ca veut dire installer des poteaux de soutainement et les rails pour les wagonnets de marchandises, dans les conditions imposées par un blocus avec les snipers et les mortiers qui guettent quand tu vas couper du bois.
Le tunnel a son entrée dans la cave d'une maisonnette de banlieue pres de l'aeroport. Transiteront des vivres des munitions et quelques diplomates chanceux de se tirer de lá. A present, la maison est transformée en musée sans explication, juste des photos, des objets, bidons, brouettes artisanales, wagonnets, reconstitution d'une portion du tunnel, inscription "Pazite, Snajper ! " sur une bache de l'OTAN, des mots doux de plusieurs personnalités politiques dont le ministre delegué aux anciens combattants français, parmis d'autres une photo de Michael Moore qui a ecrit qu'il aimerait esperer voir tout les conflits trouver un terme durant le temps qu'il nous reste á vivre. Il a probablement raison , peut etre sera t'on encore de ce monde pour assister á la grande derniere conviviale fiesta atomique.
Au debut de la visite, un film : »Tunel«, copier coller anarchique d'image de destruction de buildings et d'habitations, de projections de missiles suivis par un long traveling avant eclat lumineux et fumigene quelque part en ville, de gens qui courent dans les rues, dans les tranchées, puis des gars en treillis font passer plein de choses par tunnel. THE END. Tout ça sur fond de musique nappe de synthétiseur année 80 sur rythme tambour militaire, pouah. Durant le trajet en taxi du retour en ville, accomplis un lapsus visuel, un panneau CAR WASH est lu WAR CASH. Ensuite visite du musée national. Devant l'entrée avec l'ami japonais, on rigole sans trop s'expliquer pourquoi, sur le frontispice il y a marqué purement et simplement MUSEUM. On rigolera pareil quand le soir on se dirige vers un pur et simple CITY PUB.
Au musée donc il y a des vestiges grecs, romains, des bijoux et des morceaux d'armes faites d'alliages douteux qui evoquent plus le banko que l'acier, avec tout le respect que doit aux forgerons experimentateurs. Curieusement, les formes de certaines massues ressemblent aux munitions de gros calibres examinées 30 mn auparavant au musée du tunel. Sur des surfaces de pierres, inscriptions en latins et parfois sur des gravures croix, il y a des grafitis d'epoques, comme un chouette bonhomme drôlement stylisé qui a l'air content de lui. Les amis extreme orientaux se laissent peu de repis, á la vitesse d'ouverture de l'objectif des appareils photo sophistiqués, courent de musées en lieux touristiques. Commence á negocier des films piratés vendus en pleine rue, Yutaka fait comprendre en souriant et rentrant la tete dans les epaules : »Toooom, quicklyyy !«.
Les retrouvent au soir pour un dîner oú sera abordé le fait suivant :
Yoichi a acheté une grande quantité d'une specialités culinaires slovene á Ljubljana, un boudin fameux. Voyageant en compagnie de ces mets jusqu'á Zagreb, il tente de les rechauffer en les faisant bouillir. Elles explosent litteralement en degageant une odeur pas appetissante.
Aussi lors de notre rencontre avec Emre, un istamboulois qui heberge en permanence le petit peuple de Couch Surfing et d'Hospitality Club. C'est lui qui m'a mis en lien avec Ibro vu que son propre appartement est constamment plein comme un oeuf de voyageu(r)s(e)s ebouriffé(e)s. »Sometime, a girl writes to me because she wants postcard of Sarajevo for her collection. Anothertime, someone asks if we could have group sex«.
Dans le bus du retour vers Zagreb, le sifflement lancinant du vent au contact du bus ou le recepteur radio qui se plaint de ne rien capter ou si mal, les haut-parleurs individuels crachent des notes egarées dans un bruit blanc, le potard de volume fait jolie sans plus. Trajet noir et blanc et jaune blafard des ampoules du bus. Arret manger boire pisser dans un bar restaurant, un type revient d'une visite chez sa mere en Bosnie, sa femme et ses enfants sont au Tyrol autrichien. Il parle bosnio serbo croate et l'allemand, etonnement lors de l'exhumation d'un cadavre germanique de Langue Vivante 1 en etat de decomposition avancée, jadis inculqué á l'ecole, son maniement permet un zeste de comprehension. Il est technicien au Tyrol pour le 3e groupe industriel mondial de ?? mais ça a á voir avec les trains. Avant il pratiquait le football mais eh ! le jogging et la natation c'est bon pour la Gesundheit. Il a l'air bougrement sympathique car il sourit beaucoup á tout le monde. Commandons un čevapi : une population de petites creatures hybrides entre la saucisse et la boulette de viande, pataugeant dans un substrat surgras, enveloppée de pain type kebab. Derriere, le chauffeur du bus, enorme ventru, ne fait que parler obstinement en ma direction en bosniaque rapide. Apres lui avoir fait comprendre un certain temps que ne-razumijem-govorim-francozko-in-angleško, contre attaque avec une salve de ouais-et-si-je-parle-en-français-nous-voila-bien-avancé-hein. Silence. Un type au fond de la salle lance : »viens t'assoir parler« avec un accent inconnu, melange de suisse francophone et de slave. Il dit qu'il a un rendez vous nocturne, que son camion est garé á côté et n'ai pas envie d'aller plus loin dans cette direction, il y aura une allusion au filles bosniaques avec la langue, comme apres quand le conducteur de bus gigotera á table en mimant un coit, pour signifier argument touristique majeur de Sarajevo. Borborigme etranglé de ma part qui signifie quand á lui : connard-connard.

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